Je cherche à rendre visible des flux, des problèmes, des affects, des sensations, des densités, des intensités, et non à reproduire le visible.

Le moment de la prise de vue est vécu comme une nécessité, je suis actrice et non spectatrice du chaos ambiant. Il me faut dresser un état des lieux instinctif de l'espace physique et émotionnel dans lequel j'évolue. Ne surtout pas fantasmer les prises de vues potentielles, se départir si il le faut des pires conditions de réalisation.

Photographier la ville rend difficile voire impossible la restitution de la totalité du réel. Une photographie est censée enregistrer l'empreinte lumineuse d'un objet ou de l'action passée, comme preuve qu'elle a bien existé. Or elle ne peut en offrir un enregistrement complet, (l'espace y est tronqué, le temps manipulé.), ainsi le groupe Provoke, avant-gardistes japonais, voit en cette enigme l'intérêt du médium. Cette imperfection lui confère un mode d'expression singulier. Elle se veut l'expérience du moment, le passé fait place au présent permanent, contrairement au "ça a été" de Roland Barthes.

Une photographie est le témoignage d'une expérience qui doit amener le spectateur à vivre lui-même une autre expérience.

Il s'agit de fragments d'enregistrements, la réalité d'une sensation. Fixer le temps à l'aide d'une pellicule photosensible met à nu les liaisons, les coupures de la matière urbaine en opérant des percées visuelles dans le tourbillon urbain.

Je ne cherche pas à comprendre le territoire de façon rationnelle, mais plutôt à saisir de quelles manières les textures, les espaces, les matières , les sujets peuvent entrer en interaction poétique.

Je me sers du réel comme matière première pourtant ce n'est pas ce que je prétends montrer. L'utilisation du flou, du grain, du dé-cadrage, ont pour but de marquer une certaine distanciation vis-à-vis du réel. Ces outils artistiques indiquent au spectateur qu'il se trouve face à une expérience artistique subjective. Il n'est pas question pour moi de mettre en ordre le chaos, en plaquant selon les circonstances des schémas mentaux illusoires, mais bien d'interroger les limites dues à la nature fragmentaire du monde.

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